La Vie prend le dessus
Nous sommes ici au petit ballon, l'un des premiers sommets vosgiens lorsque l'on vient de la plaine d'Alsace. Nous sommes fin août, il fait beau, et même chaud. Tout pour profiter en somme, les familles sont de sortie, des grands parents avec leurs petits enfants font du modélisme, des Allemands ont traversé la plaine pour venir grimper ce sommet en VTT, des enfants font du cerf volant, bref, le ciel est bleu.
Sauf que lorsque l'on regarde la terre, celle-ci est cabossée irrégulièrement, comme si des baignoires avaient été creusées un peu partout. On pourrait même ne pas y prêter attention car les cicatrices se referment, tout comme nos mémoires. Ici, là bas, dans la vallée, dans la plaine, des hommes ont souffert, se sont aimés, haïs, enviés, trahis. Finalement tous égaux, qu'ils soient allemands, francais, anglais, américains, belges, africains, ils ont été enrolés de gré ou de force pour défendre un bout de terre. Qui est donc la première personne à avoir inventé cette foutue notion de propriété?
Entendre nos grands parents parler de ces moments est un héritage pesant. Sous la lourdeur des mots, on se sent presque coupable de ne pas avoir vécu cela.
Finalement, lorsque je vois ces gamins vivre heureux et inconscients sur une terre si meutrie, je me dis que c'est mieux ainsi. Ces jeunes sont là pour faire oublier, apporter de la fraîcheur et des sourires à ceux qui ont tant souffert.
Peut être est-il bien de ne pas briser leurs rêves avec nos histoires.